vendredi 12 février 2010

Fantastique, monsieur Renard


Ce qu'il y avait de bien, dans les Wes Aderson récents (La Vie aquatique, A bord du Darjeeling), c'était que le découpage des séquences était remplacé par un découpage de l'espace. Au lieu de compartimenter le flux de l'intrigue dans un montage, la caméra d'Anderson filmait, fluide, les compartiments eux-même, des plans à l'état concret. Aussi, des cabines du bateau de La Vie aquatique aux wagons de Darjeeling, voyait-on se développer une esthétique de la maquette. Une esthétique du maquettiste, plutôt, puisque l'intérêt était autant dans ces plans, des tableaux presque immobiles, que dans la façon dont la caméra traversait les murs, passait d'une pièce à l'autre, donnant de l'épaisseur, du souffle, une direction ou au moins une mobilité à l'ensemble.
Avec Fantastic Mr Fox, la démarche est radicalisée, car c'est littéralement à une maquette en mouvement que nous avons affaire. Anderson s'offre la possibilité de créer de toute pièce cet équilibre qu'il poursuivait, au moins dans ses deux précédents films: un jeu entre le dynamique et le statique. Sauf qu'il ne s'agit plus, ici, de loger la vie dans des tableaux, mais d'animer des objets sans vie. En un sens, c'est parce qu'il part de zéro qu'Anderson livre dans ce film en stop-motion une proposition fondamentale pour son cinéma, laissant libre court à son imagination, faisant surgir le mouvement de nulle part, en réponse au défi simplissime de l'animation.

Mais comme Wes Anderson ne réinvente pas à lui seul l'animation - sauf à dire qu'il en fait définitivement un art branché - il faut bien se demander quel est l'intérêt de ce fameux équilibre, de cette fameuse griffe de maquettiste. Tout d'abord, le dialogue entre le mouvement et son contraire est prétexte à bien des subtiles mixtures entre la sauvagerie et le dandysme, le désordre et la chorégraphie, l'instinct et - comme il se doit - la ruse. C'est sur ces faux antagonismes que repose l'humour d'Anderson, particulièrement quand le rythme est censé s'accélérer, et que même la vitesse semble avoir la morgue et la raideur de l'immobilisme. Il y a enfin une tension, dans Fantastic Mr Fox, entre le film civilisé, illustratif - le film est clairement conçu comme une illustration du livre pour enfant de Roald Dahl - et quelque chose de plus sauvage, quand par exemple les animaux perdent leurs expressions humaines pour se battre ou dévorer un poulet. D'ailleurs, l'instant le plus gracieux - où Anderson pousse ces paradoxes jusqu'à une forme de magie - est celui où Foxy verse une larme en apercevant au loin un loup - comme dans La Vie aquatique, l'hommage ému de la civilisation à la noblesse muette de l'animalité.

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