vendredi 7 décembre 2018

Séances de novembre


First Reformed, de Paul Schrader
J'ai beau être parfaitement dans la cible de First Reformed, de Paul Schrader, j'ai du mal à aimer ce film, qui transplante brillamment le mélodrame du doute religieux (à la Bresson et Bergman) dans un monde moderne, avec ses peurs et ses questions existentielles spécifiques. Mais, à l'exception d'un moment magnifique, je trouve le film un peu poseur, se contentant d'envoyer les signaux mystico-pessimistes et de jouer avec les symboles. Le traitement par Schrader de son sujet de toujours est un peu emprunté (sur un thème voisin, il était plus surprenant par exemple dans Touch).

La Ballade de Buster Scruggs, de Joel et Etan Coen
La juxtaposition des formats courts est parfaitement adaptée au style des frères Coen, qui se joue de l'anecdotique, le pousse jusqu'à l'absurde et, paradoxalement, jusqu'à une forme d'émerveillement.

Les Veuves, de Steve McQueen
Un film de genre investi par une scénariste (Gyllian Flynn) et un plasticien (Steve McQueen), cela donne moins une démonstration de mise en scène qu'une collection de beaux personnages et de belles idées. Je retiens par exemple un dialogue en hors champ entre un politicien et sa conseillère en communication, dans une voiture, qu'on surprend comme un enregistrement qui aurait fuité. Le film parvient en deux heures à donner vie aux quatre personnages féminins, puis à les faire coexister, sans forcer le trait ni hâter les trajectoires.  


jeudi 8 novembre 2018

Séances d'octobre




A Star is born, de Bradley Cooper
Le mélodrame musical fonctionne. J'ai été frappé par l'animalité des deux personnages, qui semblent ne pouvoir communiquer que par le chant, le geste ou l'étreinte. Le tragique de leur histoire d'amour est inscrite dans cette difficulté à s'exprimer (Bradley Cooper dit à un moment avoir été contraint de voler la voix de son frère) ou à écouter (le même personnage perdant l'ouïe).

Halloween, de David Gordon Green
Mise en scène chichiteuse. DGG est si obsédé par le duo Michael Myers / Jamie Lee Curtis qu'il oublie de développer les nouveaux personnages qui pourraient donner vie au film - triturer une mythologie ne suffit pas à faire peur. Par contre, Halloween est intéressant sur ses références aux années 80. Il vient après tous ces films nostalgiques à la It et Stranger Things mais en en retournant l’enjeu : ce n’est plus une période qu’on regrette, mais une époque à laquelle on est condamnés. Entre hier et maintenant ce sont les mêmes vêtements, les mêmes bals de promo et les mêmes démons. Le film se passe dans une Amérique où l'idée de progrès n'a plus vraiment cours.

First Man, de Damien Chazelle
Il est ingrat pour Chazelle d'arriver après Gravity et Interstellar, auxquels il emprunte respectivement la bulle immersive et l'hommage aux pionniers de la nouvelle frontière, façon Etoffe des héros. Mais la véritable singularité de First Man tient à mon sens à sa tonalité mélancolique. Chazelle fait de la Lune l'astre de la nostalgie : une espèce de soleil sombre du passé, du deuil, de ce qui n'est plus là, qui justifie la photographie à l'ancienne et donne à Neil Armonstrong son caractère ombrageux. Un pas en avant pour l'humanité, mais un pas en arrière (ou en dedans) pour un personnage tout en intériorité.

L'Ombre d'Emily, de Paul Feig
Totalement sous le charme de ce film à la fois hors du temps et jouant avec des archétypes modernes plutôt pertinents (la maman vlogueuse jouée par Anna Kendrick). C'est une comédie qui se transforme vite en farce macabre avec un jeu de récits et de montages très audacieux (les flashback qui disent autre chose que la voix-off pare exemple). En fait, Paul Feig remet au goût du jour le principe de la comédie policière : un genre postulant que la mises en scène peut traiter dans un même geste les mystères policiers et les sous-entendus humoristiques, les rebondissements d'une enquête et les effets comiques.

Le Bureau des légendes - saison 4, d'Eric Rochant
La présence de Mathieu Amalric dans cette nouvelle saison et l'importance que prend petit à petit son personnage détraque la belle mécanique de la série. Impression de voir un transfuge de Desplechin infiltré dans le monde de Rochant : il cherche partout de la pourriture, de la perversion, des motivations secrètes. Or s'il y a bien quelque chose d'absent dans les personnages de la série depuis le début, c'est bien la perversion. Ils sont tous très droits, au contraires - même la trahison de Malotru est présentée dans les saisons précédentes comme une fidélité supérieure. La série perd avec les soupçons d'Amalric son côté efficace, fonctionnel, sans pour autant gagner en profondeur (Amalric emploie les mêmes mines torturées que chez Desplechin, mais pour dire les banalités de Rochant).


samedi 13 octobre 2018

Cyrano au pays des teen movie netflix


Trois comédies romantiques sorties sur Netflix à la rentrée partent de la même idée de machination amoureuse. Dans Petits coups montés, deux employés arrangent une histoire d'amour entre leurs boss respectifs. Dans A tous les garçons que j'ai aimés, une jeune fille se trouve entrainée malgré elle dans une relation simulée avec le beau gosse du lycée. Et dans Sierra Burgess is a loser, une lycéenne complexée joue les Cyrano en entretenant une relation téléphonique où elle se fait passer pour une autre, plus populaire qu'elle.

Il y a, dans les trois cas, une comédie dans la comédie. Et des dispositifs censés apporter au genre une nouvelle fraicheur. On attend le transfert d'une strate de mise en scène à l'autre : que ceux qui ont fomenté le coup monté soient pris à leur propre piège, que ceux qui font semblant d'être un couple se découvrent amoureux, et que la Cyrano par texto gagne véritablement le coeur de Roxane. Mais alors que tout cela a lieu, on est surtout marqué par des personnages hyper-conscients d'eux-mêmes, grignotés par la théâtralité ambiante : les acteurs de Petits coups montés sonnent faux, ceux d'A tous les garçons ne savent que minauder.

Sierra Burgess is a loser sort du lot. D'une part en acceptant d'explorer jusqu'au bout les conséquences étrange ou problématiques de la machination, comme en témoigne cette scène bizarre où Sierra parvient à embrasser le garçon qu'elle aime alors qu'il ferme les yeux. D'autre part en déplaçant l'enjeu en cours de route, d'une histoire d'amour à une histoire d'amitié. 

mardi 23 janvier 2018

A propos de Jean Douchet, l'enfant agité


Un documentaire sur Jean Douchet, intitulé Jean Douchet, l'enfant agité, sort le 24 janvier au Reflet Médicis. Il est réalisé par Fabien Hagege, Guillaume Namur et Vincent Haasser (précision : je connais les deux premiers par Outsiders et le ciné-club Les Couleurs de la toile). 

Jean Douchet est depuis plusieurs décennies un incontournable de la vie cinéphile française. Mais justement pour cette raison, le pire hommage qu'on aurait pu lui rendre, c'est un documentaire officiel le transformant en monument. Evitant cet écueil, les réalisateurs donnent à leur film une forme épousant la méthode Douchet, faite d'échanges avec les spectateurs, d'amour des films, et d'observation du mouvement de la vie. Trois principes que le documentaire intègre à un dispositif dont la précarité même interdit toute rigidité (le film a été tourné en plusieurs années, au gré des rencontres avec le maître et quelques uns de ses disciples). Quelque chose d'un film amateur, donc, mais au bon sens Douchet du terme (il est l'auteur d'un Art d'aimer) : des dialogues filmés tels quels, où sont visibles ceux qui posent les questions, mais toujours dans l'humble posture des commentateurs s'effaçant devant leur sujet. 

mercredi 3 janvier 2018

Top 2017

 

Du peu que j'ai vu au cinéma, voici cinq films qui sortent du lot en 2017 :

- Dunkerque, de Christopher Nolan
- The Edge of Seventeen, de Kelly Fremon Craig
- The Lost City of Z, de James Gray
- Certain Women, de Kelly Reichardt
- Coco, de Lee Unkrich et Adrian Molin

Décembre 2017 marque aussi les dix ans du blog. J’ai fait l’exercice, parfois cruel, de relire mes anciens articles en me demandant lesquels je garderais aujourd’hui. En voici quelques-uns :

- Sur La Belle de Moscou, de Rouben Mamoulian 
- Sur Le Cardinal, d’Otto Preminger
- Aaron Sorkin, le primat de l’éloquence (sur trois séries d’Aaron Sorkin)
- Une nouvelle enfance du regard (sur Tree of life, True Grit et Super 8)
- Hypnose, amour et comédies musicales