jeudi 8 novembre 2018

Séances d'octobre




A Star is born, de Bradley Cooper
Le mélodrame musical fonctionne. J'ai été frappé par l'animalité des deux personnages, qui semblent ne pouvoir communiquer que par le chant, le geste ou l'étreinte. Le tragique de leur histoire d'amour est inscrite dans cette difficulté à s'exprimer (Bradley Cooper dit à un moment avoir été contraint de voler la voix de son frère) ou à écouter (le même personnage perdant l'ouïe).

Halloween, de David Gordon Green
Mise en scène chichiteuse. DGG est si obsédé par le duo Michael Myers / Jamie Lee Curtis qu'il oublie de développer les nouveaux personnages qui pourraient donner vie au film - triturer une mythologie ne suffit pas à faire peur. Par contre, Halloween est intéressant sur ses références aux années 80. Il vient après tous ces films nostalgiques à la It et Stranger Things mais en en retournant l’enjeu : ce n’est plus une période qu’on regrette, mais une époque à laquelle on est condamnés. Entre hier et maintenant ce sont les mêmes vêtements, les mêmes bals de promo et les mêmes démons. Le film se passe dans une Amérique où l'idée de progrès n'a plus vraiment cours.

First Man, de Damien Chazelle
Il est ingrat pour Chazelle d'arriver après Gravity et Interstellar, auxquels il emprunte respectivement la bulle immersive et l'hommage aux pionniers de la nouvelle frontière, façon Etoffe des héros. Mais la véritable singularité de First Man tient à mon sens à sa tonalité mélancolique. Chazelle fait de la Lune l'astre de la nostalgie : une espèce de soleil sombre du passé, du deuil, de ce qui n'est plus là, qui justifie la photographie à l'ancienne et donne à Neil Armonstrong son caractère ombrageux. Un pas en avant pour l'humanité, mais un pas en arrière (ou en dedans) pour un personnage tout en intériorité.

L'Ombre d'Emily, de Paul Feig
Totalement sous le charme de ce film à la fois hors du temps et jouant avec des archétypes modernes plutôt pertinents (la maman vlogueuse jouée par Anna Kendrick). C'est une comédie qui se transforme vite en farce macabre avec un jeu de récits et de montages très audacieux (les flashback qui disent autre chose que la voix-off pare exemple). En fait, Paul Feig remet au goût du jour le principe de la comédie policière : un genre postulant que la mises en scène peut traiter dans un même geste les mystères policiers et les sous-entendus humoristiques, les rebondissements d'une enquête et les effets comiques.

Le Bureau des légendes - saison 4, d'Eric Rochant
La présence de Mathieu Amalric dans cette nouvelle saison et l'importance que prend petit à petit son personnage détraque la belle mécanique de la série. Impression de voir un transfuge de Desplechin infiltré dans le monde de Rochant : il cherche partout de la pourriture, de la perversion, des motivations secrètes. Or s'il y a bien quelque chose d'absent dans les personnages de la série depuis le début, c'est bien la perversion. Ils sont tous très droits, au contraires - même la trahison de Malotru est présentée dans les saisons précédentes comme une fidélité supérieure. La série perd avec les soupçons d'Amalric son côté efficace, fonctionnel, sans pour autant gagner en profondeur (Amalric emploie les mêmes mines torturées que chez Desplechin, mais pour dire les banalités de Rochant).


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