jeudi 18 juin 2009

Grido, de Pippo Delbono (n'y allez pas)


Chronique parue sur Kinok


Pippo Delbono est un dramaturge et un acteur reconnu. On lui doit par exemple La Menzogna, qui sera en Avignon cette année. En attendant, il nous impose Grido, l’histoire de sa relation avec Bobò, ancien interné sourd-muet, analphabète et hydrocéphale.

Tout commence sur une scène. Se mélange une représentation d’Henry V et le récit autobiographique de Delbono, en voix-off. On ne comprend pas trop s’il est Falstaff ou le roi Henry, toujours est-il qu’il s’agit d’évoquer un passé agité et dissolu, en même temps que l’appel d’une raison ou d’une responsabilité fuyante. Nous avons donc du théâtre filmé, dans un premier temps. Puis Delbono veut exprimer la folie. Au cas où l’on n’aurait pas compris, il se filme agitant la tête et fait, en surimpression, des collages chaotiques. Au cas où l’on n’aurait toujours pas compris, il précise en voix-off, de manière vaguement lyrique, qu’il approche à ce moment la folie. Bref, on peut difficilement faire moins subtil dans l’expression cinématographique.

Ensuite vient Bobò. On le voit dans un quasi documentaire, avant que Pippo le prenne avec lui. Ce Bobò a bien évidemment une gestuelle et une expression qui lui sont propre, lui qui ne peut pas parler. Et Pippo Delbono a raison de croire dans la pertinence d’un tel personnage sur scène. Sa présence aux côtés du dramaturge donne d’ailleurs lieu aux séquences les plus sympathiques de Grido. Des telles situations – les deux compères chez le coiffeur, les deux compères encasquettés en haut d’un bus à touristes – ont une vraie force comique.

L’ennui, dans tout ça, c’est que Pippo Delbono, avec sa voix-off, ses confessions émues, ses procédés grossiers, reste toujours au devant de la scène. Même quand il s’agit de filmer simplement Bobò, il est là, expliquant que comme Bouddha ou comme Jésus, on ne sait plus trop, « il est descendu vers les petits » pour leur montrer la lumière – et au passage se sauver lui-même. Tant mieux pour lui. Et nous lui souhaitons que cette thérapie cinématographique participe à sa guérison. Mais qu’il nous laisse tranquilles. Bobò est le personnage de scènes parfois drôles et touchantes, mais Pippo Delbono n’a ni la sensibilité esthétique ni la décence pour filmer ces moments simplement.

1 commentaire:

  1. Avec retard, je vais pouvoir voir le film tout prochainement. Et peut-être serais-je du même avis que Timothée? En attendant, une petite remarque : "Mais qu'il nous laisse tranquille". Rien n'oblige Timothée à y aller. Cela déforce la critique.
    Bien cordialement
    Linda

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