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lundi 24 octobre 2011

Real Steel, de Shawn Levy - Imitation of life


Discrètement, de La Nuit au musée 2 à Real steel en passant par Crazy Night, se dessine dans les films de Shawn Levy quelque chose qui n'est pas inintéressant. On avait noté le clin d'oeil final de la seconde Nuit au musée, alors que les articles du Muséum doivent être remplacées par des répliques en image de synthèse : les créatures animées se figent pour mimer non plus des figures passées, mais leur simulacre numérique. Au moment où le faux devait imiter le vrai, le vrai se met à imiter le faux.

Cette dialectique du vrai et du faux, ou plutôt ce dialogue entre la créature animée et la créature mécanique, est omniprésente dans Real Steel. Atom, le robot découvert et entraîné par Max et Charlie, a ceci de particulier qu'il est doté d'une "shadow function" lui permettant de visualiser et de reproduire les gestes de la personne qu'il a en face de lui. Ce robot est un mime. L'idée de l'imitation est élargie à l'ensemble du film, puisque c'est aussi la capacité du père à être un "modèle" pour son fils qui est mise en question. L'adulte, éternel sale gosse, imite une enfance dont il n'est jamais sorti et l'enfant imite l'arrogance et les éternelles combines des adultes. Nous est décrit un futur pas si irréaliste : un grand spectacle ludique où tout le monde singe tout le monde.

Il y avait, dans Crazy night, un tournant burlesque : dans une boîte de nuit, le couple joué par Steve Carell et Shawn Levy est contraint de jouer aux "sex robots". Jusque là, nos deux comiques ventriloques, raides comme des piquets, s'étaient contentés de souffler du coin de la bouche des dialogues aux gens qu'ils observaient. En mimant leur propre maladresse, ils sortent de leur réserve pour la première fois. Il y a quelque chose d'étrangement similaire dans Real Steel, quand le personnage de l'enfant se met à danser et à faire danser la machine : du hip hop d'abord, puis la danse du robot, si bien qu'on ne sait plus qui imite qui.

Pour que le robot s'anime, le mimétisme doit être réciproque. C'est la condition, du moins, pour que la gloire de la machine, l'éclat du spectacle, puissent rejaillir sur les vivants. Dans Le Celluloïd et le marbre, Rohmer dénonçait l'usage moderne de la métaphore qui déracinait définitivement le mot de la chose : dans l'image surréaliste, le rapport n'est plus que théorique, mécanique, codé et décodé. La phrase a autant à voir avec le mouvement du monde que le tableau de bord d'une voiture a à voir avec son moteur. Très littéralement, on retrouve cette critique dans Real Steel, où la victoire du robot Atom est celle de l'imitation concrète des gestes de l'homme contre le "remote control" technologique de l'adversaire japonais. Et cette victoire est exactement concomitante des retrouvailles du père et du fils, dans la lumière d'un rapport renouvelé, réinventé. A nouveau, Shawn Levy se sert du numérique contre le numérique, faisant de la performance capture un moyen de toucher, paradoxalement, à la grâce authentique du geste.

lundi 24 mai 2010

Tina Fey, Steve Carell: la comédie ventriloque



Pendant que certains élèvent leur autorité sur les marches cannoises, que d’autres sont empêchés par des problèmes “de type grec”, des artisans consciencieux continuent de besogner à la production de vrais films hollywoodiens. Voyez Shawn Levy, entendez les titres prestigieux qui l’annoncent – Pour le meilleur et pour le rire, La Panthère rose (celle avec Steve Martin et Jean Reno…), La Nuit au musée, La Nuit au musée 2

Il y avait, dans les pitreries du Ben Stiller gardien de musée, une forme de naïveté démocratique typiquement américaine, qui ramenait toutes les époques et tous les endroits du monde à un vivre-ensemble enfantin ou pathétique, comme on veut. Shawn Levy portait presque malgré lui un regard facétieux sur cette Amérique-là, celle des communautés et du relativisme culturel. C’est la même douce impression de réussite involontaire qui séduit dans Crazy Night.

Avant de faire le duo d’acteurs, Steve Carell et Tina Fey commencent dans ce film par former un couple de spectateurs. Ils regardent leurs amis se séparer, contemplent au restaurant les amoureux qui s’embrassent, considèrent un avenir en ligne de fuite. C’est que l’humour des deux comparses s’installe d’abord dans la retenue – dans la raideur machinale de Steve Carell, dans l’allure commune de Tina Fey – et dans l’impuissance que leur impose leur statut de bourgeois de banlieue.

Ils ne restent pourtant pas spectateurs – ce n’est pas un regard distancié qu’ils apportent au film -, mais parviennent à suggérer, jusque dans leur apparente banalité, tout le comique d’une situation. Crazy Night a en ceci la mécanique d’une comédie ventriloque: deux personnages spectateurs, certes, mais qui s’approprient le monde pour lui prêter des dialogues et une mise en scène. Le ventriloque ne veut pas qu’on le regarde: il se cache derrière sa créature – et Steve Carell a ce genre de comportement quand il glisse une imitation du coin de la bouche, de même Tina Fey imaginant la discussion de ses voisins de tablée.

Crazy Night, c’est un peu la comédie burlesque en creux - celle où les personnages ne nous renvoient à eux-même et à leurs gestes que par ricochet, dans l’acte même de s’effacer devant la situation comique, comme pour mieux en faire partie. Ce fonctionnement a l’avantage de tout pouvoir digérer des rebondissements loufoques et des nunucheries romantiques - parodiées par le couple de bandits au grand coeur dont ils avaient pris l’identité. Et le moment le plus réussi du film est celui où les deux acteurs sont sommés de vraiment jouer la comédie – mimer des gestes louches dans un club pas net -, obligés de sortir de la réserve, de s’approprier malgré eux le geste burlesque.

mardi 26 mai 2009

La Nuit au musée, 2 - l'Amérique nostalgique



La première Nuit au musée nous avait initiés à l'Amérique comme zoo historique. C'était à la fois le musée-Amérique - c'est-à-dire l'Amérique qui rassemble tous les rêves, fantasmes, lubies historiques, comme elle hébergea les premières communautés utopiques - et le musée-cinéma - c'est-à-dire la projection et la synthèse du monde et du temps historique. A vrai dire, les deux (Amérique et cinéma) sont ici indissociables.

Il y a aussi l'Amérique comme mythe démocratique et communautariste. C'est ici que l'histoire prend un tour comique, puisque sont rassemblés dans cet espace clos plusieurs empires expansionnistes. Ainsi dans le premier épisode, le cow-boy miniature se heurte à la cloison qui le sépare du centurion miniature. Chaque empire qui prétend à la domination absolue (jusqu'au méchant, qu'il soit tatar ou égyptien) se trouve ravalé au rang de communauté, au nom du relativisme culturel propre au musée. Dans La Nuit au musée 2 il y a cette drôle de réplique d'Ivan le Terrible, qui pinaille sur la traduction de son nom et prétend qu'il n'est pas si terrible. Tout se passe comme si chaque moment historique était une communauté comme une autre et avait droit à sa part de revendications.

Larry, dans tout ça, alias Ben Stiller, est le petit gars sans histoire. Idéal démocratique, lui aussi, façon Mr Smith. Sauf qu'au début de la Nuit au musée 2, il est devenu le patron encravaté d'une entreprise en pleine expansion. Voici le mythe de l'entrepreneur venu perturber les autres récits historiques. Portable greffé à l'oreille, Larry est aussi dépendant de la technologie que le sont les créatures du musée, bientôt chassées pour être remplacées par des images de synthèse. Il y a une certaine ironie à opposer la fausse résurrection historique, la technologique, à une plus vraie, la nostalgique, alors même que tout le film repose sur des créatures en numérique. D'ailleurs la fin est assez facétieuse, où l'on fait croire à des images de synthèse pour justifier la vie de ces créatures.

Bref, nous avons affaire à une Amérique en quête de sa simplicité perdue, où tous les petits empereurs, qui sont tout un chacun, retrouveraient une forme de grâce, d'harmonie à vivre ensemble. Cette naïveté recherchée, ce sont les quelques pas de danse esquissés par une créature de Degas ou le passage dans une photographie en noir & blanc, à la Rose pourpre du Caire. Et on y croit parce que c'est Ben Stiller et parce que c'est drôle, tout simplement.