dimanche 28 juillet 2019

Spider-man : far from Hamlet


Spider-Man : far from home est le film idéal pour qui, comme moi, ne suit plus que d'un œil les sorties Marvel. Je me souviens m'être dit, devant Captain America : Civil war en 2016, que le studio avait bradé ses super-héros, qu'il était impossible désormais de prendre au sérieux cette farce en costume où chaque personnage n'est que le figurant d'une insipide histoire collective. J'ai d'ailleurs découvert les derniers développements de la saga dans l'introduction de ce nouvel opus de Spider-Man, avec tous ces gens qui se volatilisent et reviennent en un claquement de doigt. L'intérêt du film est d'intérioriser, via le personnage de Mysterio, l'idée selon laquelle les super-héros existent si peu qu'ils peuvent disparaître et réapparaitre à l'envi. Mysterio est un ancien employé de feu Tony Stark, cherchant à prendre sa place en simulant des combats épiques dont il est le héros : sous les apparences de l’affrontement super-héroïque se cache une armée de drones contrôlés par le félon. Entre les lignes, le film fait l’aveu de sa propre vacuité : l’illusion qui le fonde ne tient qu’à un fil.

Il n'est pas anodin non plus que, dans cette nouvelle série de Spider-man avec Tom Holland, ce soit un adolescent qui soit confronté à cette réalité intermittente et précaire. Une réplique shakespearienne, tirée d'Henry IV, est citée comme alternative aux grands pouvoirs impliquant de grandes responsabilités - "Uneasy lies the head that wears a crown" -, mais c'est tout aussi bien le "To be or not to be" d'Hamlet qui aurait pu servir à relier toutes les intrigues entre elles : être ou ne pas être le nouveau Tony Starck, être ou ne pas être le petit ami de MJ, et être ou ne pas être tout court, dans les mises en scène oniriques échafaudées par Mysterio. Rien de sérieux, pourtant, dans ce voyage de classe où les capitales européennes défilent tout en faisant de la crise identitaire de Peter Parker un matériau de teen movie. Si le spectre paternel de Tony Stark fait son apparition, c'est sous la forme désormais totalement démonétisée du super-héros Marvel : une pair de lunette donnant accès à une palette de pouvoir, ou une machine à fabriquer le costume idéal.

mardi 4 juin 2019

Séances de mai et rattrapages cannois

Portrait de la jeune fille en feu (Copyright Pyramide Distribution)

Lourdes, de Thierry Demaizière et Alban Teurlé
Touchante immersion aux côtés de pèlerins à Lourdes. Ce documentaire en forme de reportage a l’empathie de la caméra embarquée, portée à croire en tout ce qu’elle filme, comme l’illustre une scène amusante où des gitans commentent avec enthousiasme la vidéo d’un improbable miracle filmé via plusieurs écrans de téléphone interposés.

John Wick Parabellum, de Chad Stahelski
Film d’action placé sous l’empire du nombre : les armes et les munitions se multiplient à l’infini (les décors se muant en réserves d’arme inépuisables), les rapports de forces sont quantifiés et classifiés avec rigueur (au-dessus ou au-dessous de la « Grande Table ») et chaque action semble devoir constituer une monnaie d’échange (ce qui fait leur ambiguïté, toute pièce ou médaille ayant son revers comme tout acte sa motivation secrète). Dans ce genre là, le film est une indéniable réussite.

Les Siffleurs, Corneliu Porumboiu
Comment ne pas tomber sous le charmes des Siffleurs, utilisant les codes du polar pour inventer une autre langue, légèrement à coté (celle des siffleurs, de toute évidence). Un vrai film de personnages : plutôt taiseux, ils font rire et émeuvent sans qu’on sache exactement comment.

Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma
Une peintre tombe amoureuse de la femme dont elle doit faire le portrait pour son futur époux. Méditation sur le regard d’artiste, le film de Céline Sciamma est ambitieux : il est question de donner vie au modèle en bousculant les représentations conventionnelles, liées au point de vue masculin. Edifié dans cette perspective, le scénario est une jolie construction où tout s’imbrique : le sentiment amoureux, la solidarité féminine qui se met en place sur cette île sans homme, et en même temps l'impossibilité de cet amour, sublimée par l'art et par le recours au mythe (notamment celui d'Orphée, qui perd Euridice au moment où il veut la regarder.) Mais malheureusement, toute habile qu'elle soit, cette histoire n'échappe par à l'académisme, passant dans sa réalité concrète à côté de sa promesse d'incarnation. Ce sont d'autres conventions que Sciamma substitue à celles qu'elle croit bousculer : ses symboliques sont surlignées, ses cadrages appuyés, et ses dialogues prévisibles. Les personnages sont corsetés - que les habits soient neufs ne change rien à l'affaire. D’ailleurs, la peinture reste in fine la seule manière possible de représenter cet amour. Ce n'est pas le tableau qui prend vie, mais la vie qui devient toujours un tableau, comme lors de cette scène d'avortement qui se répète, transformant une réalité humaine en geste artistique bien trop conscient de lui-même.

This must be heaven, d'Elia Suleiman
Pérégrination d’Elia Suleiman entre la Palestine, Paris et New-York. Le comique de cadrage fonctionne à plein. On peut trouver le procédé et le discours politique un peu appuyés, mais ils donnent lieu à quelques séquences hilarantes, naviguant entre la satire, la rêverie et l’absurde.

Sibyl, de Justine Triet
Après Victoria, Justine Triet poursuit sa collaboration avec Virginie Efira et son exploration des affres de la dépression. Le film frappe par un montage audacieux, où les souvenirs d’une psychologue et la relation avec ses patients se mêlent au travail d’écriture et aux questions de mise en scène cinématographique, comme autant de visages de l’emprise psychologique. Objectivement très bien fait  même si ses enjeux m’ont justement un peu laissé sur le côté.

Le Traître, de Marco Bellochio
L’histoire de Tommaso Buscetta, premier mafieux italien à avoir collaboré avec le juge Falcone à la fin des années 80. Film intéressant à la fois pour ce qu’il raconte et pour la manière dont il traite l’imagerie de la mafia sicilienne. Le film commence par une photo de famille qui porte en elle les germes de sa fin : derrière l'appareil photo, Bellochio met en scène une sorte de monde sous cloche, guetté par la déliquescence. Quelques années plus tard, les parrains et leurs lieutenants ne sont plus que des spécimens en cage, revenus à l'état de petites frappes, freaks montrés dans des procès publics. Bellochio filme les derniers feux de la Cosa Nostra comme un spectacle qui s’éternise, une fin qui n’en finit pas, de vendetta en attentats.

lundi 25 février 2019

Séances de janvier et de février


Bohemian rhapsody, de Bryan Singer
Pas convaincu par ce biopic en forme de Greatest Hits qui échoue là où il croit réussir - à savoir dans sa volonté de reconstitution à la fois fétichiste et spectaculaire, culminant dans la scène du Live Aid de 1985. Si la ressemblance rigoureuse de cette séquence avec la retransmission de l'époque (soulignée ici) est en effet frappante, la maniaquerie du projet d'ensemble aurait plutôt tendance à vider la musique de sa sève : les titres et les périodes du groupe s'enchaînent dans des montages paresseux, comme dans une mauvaise playlist radio entrecoupée de spots publicitaires. Sauf qu'ici, la pub, ce sont les scènes d'enregistrement qui réduisent chaque chanson à une supposée trouvaille du groupe.

Bodied, de Joseph Khan
Peut-on aimer un film dont tous les personnages sont détestables ? Bodied est une plongée dans le monde des battle de rap, sur les pas d'un personnage de petit blanc, étudiant en littérature, qui voudrait s'y faire un nom. Mais le film met moins en scène les joutes des rappeurs entre eux que le combat qui les oppose aux social justice warriors des campus américains. Une mécanique infernale où s'alimentent mutuellement le politiquement correct et les humiliations déversées au hasard par des poètes du samedi soir. Moraline contre méchanceté cheap : bienvenue dans l’enfer de 2019.

La Mule, de Clint Eastwood
Quel plaisir de voir à nouveau Eastwood trimballer son corps de vieux pour chambrer, sourire, ronronner, grimacer, marmonner, jurer, imiter des personnages de son époque, chantonner un peu à contretemps, dans un film qui ressemble à tout ça à la fois. Ce mode d'être, qui contamine le film, fait penser à un monde perdu qu'il s'agit de reconduire ou de réparer, en répétant les mêmes gestes patients, comme ceux d'un fleuriste qui s'occupe de ses lys d'un jour. Eastwood semble sorti de sa phase crépusculaire : La Mule ne pose pas en dernier film, son modèle est au contraire la répétition bucolique et sereine.

A Cause des filles..?, de Pascal Thomas
Un jeune marié s'enfuit dès la sortie de l'église, laissant la mariée et les convives festoyer sans lui, sur une plage au bord de la mer. Le film est fait de leurs récits qui se succèdent, comme autant de saynètes. On y trouve à la fois le pire et le meilleur de Pascal Thomas. Du côté du pire, une tendance au clin d'oeil graveleux (le sketch de la prof aguicheuse jouée par Marie-Josée Croze par exemple). Dans son versant positif, pourtant, ce côté obsédé fonctionne comme un véritable carburant à fantaisie, qui donne vie à ces histoires improbables, dans un esprit libre et inventif. On retrouve alors l'anarchisme distingué de La Dilettante, et même par petites touches discrètes, son côté mélodramatique qu'il y avait dans Confidence pour confidence. A ce double titre, le sketch avec José Garcia en père de famille nombreuse est particulièrement attachant.

Guy, Alex Lutz
Alex Lutz joue le rôle de Guy Jamet, vieux chanteur de variété fictif, à mi chemin entre Claude François et Michel Sardou, qu'un jeune journaliste décide de filmer après avoir appris que celui-ci était son père. Difficile de définir ce qui fait l'intérêt de cet objet bizarre, sinon le soin et l'entêtement avec lequel il est façonné. C'est le même art du détail dans le jeu de Lutz et dans la confection de ce faux documentaire qui rendent le personnage émouvant : il aurait tout à fait pu exister, et pourtant il n'existe pas.

vendredi 28 décembre 2018

Top 2018



Top 5 2018 :
1. Heureux comme Lazzaro - Alice Rohrwacher
2. A L’ombre d’Emily - Paul Feig
3. La Ballade de Buster Scruggs - Ethan Coen, Joel Coen
4. La Mort de Staline - Armando Iannucci
5. Une affaire de famille - Hirokazu Kore-eda

Mentions spéciales :
Spider-man : new generation - Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman
Roma - Alfonso Cuaron
Les Veuves - Steve McQueen
En Liberté ! - Pierre Salvadori
Tully - Jason Reitman
First Man - Damien Chazelle
Senses - Ryusuke Hamaguchi

Tout était fait pour que j'aime, mais finalement non :
- First Reformed - Paul Schrader
- Ready player one - Steven Spielberg
- Molly's game - Aaron Sorkin




mardi 18 décembre 2018

Séances de décembre

Leto, de Kirill Serebrennikov

Leto, de Kirill Serebrennikov
Triangle amoureux sur fond de rock dans l’union soviétique de Brejnev. Kirill Serebrennikov joue avec les surfaces : l’énergie d’une jeunesse sous la façade officielle du « rock club » de Leningrad, quelques plans en couleur sous le joli noir et blanc, l’image de Victor qui fait vaciller celle de Mike, l’icône rock, dans le cœur de Natalia. Tout est donc une histoire de couches : chaque plan peut craqueler et laisser voir une autre réalité, ou à l’inverse se retrouver recouvert de griffonnages, comme c’est le cas dans des séquences musicales réinterprétant musicalement des situations quotidiennes. Un pur film de fantasmes jamais réalisés, donc, et en cela assez inoffensif.

Une affaire de famille, de Hirokazu Kore-Eda
On a un peu vite tendance à faire de Kore-Eda le peintre attendri de la famille choisie (plutôt que la famille subie). En voyant Une affaire de famille, on comprend que c'est plus compliqué. Dès la première partie du film, et plus clairement dans la seconde, le tableau fait de cette famille est ambivalent : on ne saura jamais vraiment s'ils ont accueilli ou enlevé les enfants avec qui ils vivent, et l'insistance que met le personnage du père à se faire appeler "papa" est aussi touchante qu'oppressante pour l'enfant à qui il s'adresse. Le cocon familial, qui prend la forme d'un appartement tout en bricoles et en chausse-trappes, recèle ses lieux cachés qui sont autant d'espaces de libertés, propice à l'imagination, que de possibles prisons - c'est d'ailleurs sous la maison que sera enterrée la grand-mère si attachante. Kore-Eda ne fait jamais totalement basculer le point de vue d'un côté ou de l'autre, il montre cette famille de fortune telle qu'elle a été, jusqu'à son inéluctable fin.

Heureux comme Lazzaro, d'Alice Rohrwacher
(Attention, je dévoile ici quelques éléments clés de l’intrigue.)
Difficile de dire en peu de mots tout ce que ce film parvient à cristalliser, entre une certaine réalité sociale, la légende paysanne, l’hagiographie et le récit biblique - sans lourdeur et toujours au service d’une histoire singulière : celle de Lazzaro, simple d’esprit dans une exploitation agricole italienne des années 80. Vraiment convaincu par la manière dont Alice Rohrwacher utilise le merveilleux chrétien pour déployer son récit d’une époque à l’autre, avec des miracles aussi saugrenus (comme il se doit dans une vie de saint) que profondément naturels au personnage.

Spiderman new generation, de Peter Ramsey, Bob Persichetti et Rodney Rothman 
Mieux que d'autre films de 2018 (Ready player One par exemple), Spiderman new generation parvient à faire cohabiter différents régimes d’images sans sacrifier la lisibilité de l'action. On voltige entre l’animation, le comic book, des touches de street art, de cartoon et d'animé japonais. Phil Lord, au scénario, sait tirer de cette esthétique fragmentée, et d’une idée compliquée (un trou noir et plusieurs dimensions), un véritable film pour enfants.

Roma, d'Alfonso Cuaron
Je n’ai pas été gêné comme d’autres par la virtuosité affichée des plans séquences de Roma, en revanche j’ai d’abord eu du mal à comprendre l’intérêt du noir et blanc, qui m’a semblé aplatir l’image et la neutraliser. De fait, peu de chose ressort de la première partie, sinon la familiarisation progressive avec le personnage de Cleo. Mais on découvre justement, au gré des événements qu’elle traverse, que tout l’intérêt du film est là : dans ce point de vue flottant, persistant, accueillant avec une sorte de flegme vital la variétés des peines et des joies d’une vie.

vendredi 7 décembre 2018

Séances de novembre


First Reformed, de Paul Schrader
J'ai beau être parfaitement dans la cible de First Reformed, de Paul Schrader, j'ai du mal à aimer ce film, qui transplante brillamment le mélodrame du doute religieux (à la Bresson et Bergman) dans un monde moderne, avec ses peurs et ses questions existentielles spécifiques. Mais, à l'exception d'un moment magnifique, je trouve le film un peu poseur, se contentant d'envoyer les signaux mystico-pessimistes et de jouer avec les symboles. Le traitement par Schrader de son sujet de toujours est un peu emprunté (sur un thème voisin, il était plus surprenant par exemple dans Touch).

La Ballade de Buster Scruggs, de Joel et Etan Coen
La juxtaposition des formats courts est parfaitement adaptée au style des frères Coen, qui se joue de l'anecdotique, le pousse jusqu'à l'absurde et, paradoxalement, jusqu'à une forme d'émerveillement.

Les Veuves, de Steve McQueen
Un film de genre investi par une scénariste (Gyllian Flynn) et un plasticien (Steve McQueen), cela donne moins une démonstration de mise en scène qu'une collection de beaux personnages et de belles idées. Je retiens par exemple un dialogue en hors champ entre un politicien et sa conseillère en communication, dans une voiture, qu'on surprend comme un enregistrement qui aurait fuité. Le film parvient en deux heures à donner vie aux quatre personnages féminins, puis à les faire coexister, sans forcer le trait ni hâter les trajectoires.  


jeudi 8 novembre 2018

Séances d'octobre




A Star is born, de Bradley Cooper
Le mélodrame musical fonctionne. J'ai été frappé par l'animalité des deux personnages, qui semblent ne pouvoir communiquer que par le chant, le geste ou l'étreinte. Le tragique de leur histoire d'amour est inscrite dans cette difficulté à s'exprimer (Bradley Cooper dit à un moment avoir été contraint de voler la voix de son frère) ou à écouter (le même personnage perdant l'ouïe).

Halloween, de David Gordon Green
Mise en scène chichiteuse. DGG est si obsédé par le duo Michael Myers / Jamie Lee Curtis qu'il oublie de développer les nouveaux personnages qui pourraient donner vie au film - triturer une mythologie ne suffit pas à faire peur. Par contre, Halloween est intéressant sur ses références aux années 80. Il vient après tous ces films nostalgiques à la It et Stranger Things mais en en retournant l’enjeu : ce n’est plus une période qu’on regrette, mais une époque à laquelle on est condamnés. Entre hier et maintenant ce sont les mêmes vêtements, les mêmes bals de promo et les mêmes démons. Le film se passe dans une Amérique où l'idée de progrès n'a plus vraiment cours.

First Man, de Damien Chazelle
Il est ingrat pour Chazelle d'arriver après Gravity et Interstellar, auxquels il emprunte respectivement la bulle immersive et l'hommage aux pionniers de la nouvelle frontière, façon Etoffe des héros. Mais la véritable singularité de First Man tient à mon sens à sa tonalité mélancolique. Chazelle fait de la Lune l'astre de la nostalgie : une espèce de soleil sombre du passé, du deuil, de ce qui n'est plus là, qui justifie la photographie à l'ancienne et donne à Neil Armonstrong son caractère ombrageux. Un pas en avant pour l'humanité, mais un pas en arrière (ou en dedans) pour un personnage tout en intériorité.

L'Ombre d'Emily, de Paul Feig
Totalement sous le charme de ce film à la fois hors du temps et jouant avec des archétypes modernes plutôt pertinents (la maman vlogueuse jouée par Anna Kendrick). C'est une comédie qui se transforme vite en farce macabre avec un jeu de récits et de montages très audacieux (les flashback qui disent autre chose que la voix-off pare exemple). En fait, Paul Feig remet au goût du jour le principe de la comédie policière : un genre postulant que la mises en scène peut traiter dans un même geste les mystères policiers et les sous-entendus humoristiques, les rebondissements d'une enquête et les effets comiques.

Le Bureau des légendes - saison 4, d'Eric Rochant
La présence de Mathieu Amalric dans cette nouvelle saison et l'importance que prend petit à petit son personnage détraque la belle mécanique de la série. Impression de voir un transfuge de Desplechin infiltré dans le monde de Rochant : il cherche partout de la pourriture, de la perversion, des motivations secrètes. Or s'il y a bien quelque chose d'absent dans les personnages de la série depuis le début, c'est bien la perversion. Ils sont tous très droits, au contraires - même la trahison de Malotru est présentée dans les saisons précédentes comme une fidélité supérieure. La série perd avec les soupçons d'Amalric son côté efficace, fonctionnel, sans pour autant gagner en profondeur (Amalric emploie les mêmes mines torturées que chez Desplechin, mais pour dire les banalités de Rochant).


samedi 13 octobre 2018

Cyrano au pays des teen movie netflix


Trois comédies romantiques sorties sur Netflix à la rentrée partent de la même idée de machination amoureuse. Dans Petits coups montés, deux employés arrangent une histoire d'amour entre leurs boss respectifs. Dans A tous les garçons que j'ai aimés, une jeune fille se trouve entrainée malgré elle dans une relation simulée avec le beau gosse du lycée. Et dans Sierra Burgess is a loser, une lycéenne complexée joue les Cyrano en entretenant une relation téléphonique où elle se fait passer pour une autre, plus populaire qu'elle.

Il y a, dans les trois cas, une comédie dans la comédie. Et des dispositifs censés apporter au genre une nouvelle fraicheur. On attend le transfert d'une strate de mise en scène à l'autre : que ceux qui ont fomenté le coup monté soient pris à leur propre piège, que ceux qui font semblant d'être un couple se découvrent amoureux, et que la Cyrano par texto gagne véritablement le coeur de Roxane. Mais alors que tout cela a lieu, on est surtout marqué par des personnages hyper-conscients d'eux-mêmes, grignotés par la théâtralité ambiante : les acteurs de Petits coups montés sonnent faux, ceux d'A tous les garçons ne savent que minauder.

Sierra Burgess is a loser sort du lot. D'une part en acceptant d'explorer jusqu'au bout les conséquences étrange ou problématiques de la machination, comme en témoigne cette scène bizarre où Sierra parvient à embrasser le garçon qu'elle aime alors qu'il ferme les yeux. D'autre part en déplaçant l'enjeu en cours de route, d'une histoire d'amour à une histoire d'amitié. 

mardi 23 janvier 2018

A propos de Jean Douchet, l'enfant agité


Un documentaire sur Jean Douchet, intitulé Jean Douchet, l'enfant agité, sort le 24 janvier au Reflet Médicis. Il est réalisé par Fabien Hagege, Guillaume Namur et Vincent Haasser (précision : je connais les deux premiers par Outsiders et le ciné-club Les Couleurs de la toile). 

Jean Douchet est depuis plusieurs décennies un incontournable de la vie cinéphile française. Mais justement pour cette raison, le pire hommage qu'on aurait pu lui rendre, c'est un documentaire officiel le transformant en monument. Evitant cet écueil, les réalisateurs donnent à leur film une forme épousant la méthode Douchet, faite d'échanges avec les spectateurs, d'amour des films, et d'observation du mouvement de la vie. Trois principes que le documentaire intègre à un dispositif dont la précarité même interdit toute rigidité (le film a été tourné en plusieurs années, au gré des rencontres avec le maître et quelques uns de ses disciples). Quelque chose d'un film amateur, donc, mais au bon sens Douchet du terme (il est l'auteur d'un Art d'aimer) : des dialogues filmés tels quels, où sont visibles ceux qui posent les questions, mais toujours dans l'humble posture des commentateurs s'effaçant devant leur sujet. 

mercredi 3 janvier 2018

Top 2017

 

Du peu que j'ai vu au cinéma, voici cinq films qui sortent du lot en 2017 :

- Dunkerque, de Christopher Nolan
- The Edge of Seventeen, de Kelly Fremon Craig
- The Lost City of Z, de James Gray
- Certain Women, de Kelly Reichardt
- Coco, de Lee Unkrich et Adrian Molin

Décembre 2017 marque aussi les dix ans du blog. J’ai fait l’exercice, parfois cruel, de relire mes anciens articles en me demandant lesquels je garderais aujourd’hui. En voici quelques-uns :

- Sur La Belle de Moscou, de Rouben Mamoulian 
- Sur Le Cardinal, d’Otto Preminger
- Aaron Sorkin, le primat de l’éloquence (sur trois séries d’Aaron Sorkin)
- Une nouvelle enfance du regard (sur Tree of life, True Grit et Super 8)
- Hypnose, amour et comédies musicales