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mercredi 22 juin 2011

10 films musicaux


Pour contribuer à la fête de la musique du camarade de My Screens, voici mon top 10 des films musicaux (au sens large). J'ai l'impression que le résultat n'est pas très punk...

Chantons sous la pluie (S. Donen)
Honkytonk Man (C. Eastwood)
Le Chant du Missouri (V. Minnelli)
Monnaie de singe (N. Mc Leod, Marx Brothers)
New York New York (M. Scorsese)
Once (J. Carney)
Tirez sur le pianiste (F. Truffaut)
Top Hat (M. Sandrich)
Tous en scène (V. Minnelli)
Un américain à Paris (V. Minnelli)

mardi 24 mars 2009

Fred Astaire - du vivant plaqué sur du mécanique

C'est dans Shall we dance (L'entreprenant M. Petrov), de Mark Sandrich. Fred Astaire se retrouve au sous-sol du paquebot Queen-Ann où des musiciens-mécanos noirs jouent du jazz, au rythme des machines et de la contrebasse. Ce n'est franchement pas le meilleur numéro de claquette ni le meilleur film de Fred Astaire, mais ça vaut le coup de le voir mimer, dans sa danse, les roulements de mécanique qui font avancer le bateau. Car c'est ça, Fred Astaire: celui qui rend sa magie à la machine, comme dans un hommage amusé de l'art à la technique. Il ne s'agit pas, comme parfois chez Gene Kelly, de concurrencer la machine, de porter à sa perfection la performance physique. Non, ici les rouages sont calmement détournés dans le geste du danseur.

Les décors, les chorégraphies, la mise en scène, le scénario même, toute cette machinerie a finalement Fred Astaire pour seul point d'équilibre. Ce n'est plus le danseur qui se sert pour ses numéros de l'environnement quotidien, comme dans toute comédie musicale, mais l'univers entier qui trouve en sa personne un nouvel axe de rotation. Car il a une grâce, celle de la maîtrise: tout est léger dans ses mains, tout bouge sous ses pieds. Dans Shall we dance cette maîtrise de l'équilibre lui permet de faire croire à l'éternel acolyte, son contraire pataud (Eric Blore, qui avait environ le même rôle dans Top Hat), que le bateau est en train de tanguer. Au fond le bateau, comme dans En suivant la flotte, joue un rôle similaire au train de The Band Wagon (Tous en scène, de Minnelli): il est le symbole d'une incessante métamorphose dont les pas du danseur seraient le seul point d'appui.


Il y a une autre scène célèbre, dans l'Entreprenant M. Petrov: un numéro de danse en patins à roulette. On pourrait dire que l'idée est volée au Charlie Chaplin des Temps modernes, et ce que nous avons dit avant sur les rouages de la machine ne ferait que le confirmer. Pourtant du burlesque au musical le procédé est presque exactement l'inverse. D'un côté, selon le mot de Bergson, on a "du mécanique plaqué sur du vivant", de l'autre on a une subversion gracieuse de la technique - en d'autres termes du vivant plaqué sur du mécanique. Si les films de Fred Astaire font plutôt sourire que pleurer, ils ne suscitent pas moins l'inverse de ce que le philosophe évoquait dans Le Rire.





Nous ne parlons pas ici de n'importe quelle mécanisme ni de n'importe quelle machine. Fred Astaire évolue avant tout dans une fabrique d'illusions appelée Hollywood. Elle est là, aussi, la métamorphose - qui permet même au merveilleux de faire ses intrusions: le danseur, en maître des lieux, a la capacité de marcher sur les murs et au plafond (c'est dans Mariage royal), ou d'exécuter un numéro de claquette de concert avec des chaussures dépourvues de propriétaires (Entrons dans la danse). L'enchantement, le spectacle, l'illusion sont les éléments naturels de la comédie musicale. Aussi la plupart des personnages du genre, à commencer par Fred Astaire, sont-ils en général eux-même acteurs, danseurs ou chanteurs, et se produisent dans des shows qui constituent le corps du film. L'histoire d'amour, éternellement recommencée, entre Ginger et Fred, est une recherche de l'être aimé à travers ce dédale d'apparences (c'est le rôle des chorégraphies) et de quiproquos (c'est le rôle de l'intrigue). Et dans L'Entreprenant M. Petrov Fred Astaire finit par danser avec les innombrables répliques de sa partenaire, dont une seule, véritable sous le masque de cire, est garante d'authentiques retrouvailles. Entre ces deux-là, c'est décidément l'amour à l'ère de la reproductibilité technique.

jeudi 29 novembre 2007

Once


Fut un cinéma où, par la musique, le quotidien volait en éclats. C'étaient les comédies musicales. Les performances corporelles de Gene Kelly, l'équilibre miraculeux de Fred Astaire transformaient le monde en mélodies. Un objet banal devenait le centre d'un univers de rêve qui, très vite, se distordait pour former à nouveau une harmonie improbable, nouvelle à chaque chanson. Impossible n'était pas hollywoodien.

Quand la magie a cessé, qu'est devenu le film musical? Nous avons aujourd'hui le biopic, de préférence linéaire et réaliste, ponctué par les tubes - c'est Ray ou Walk the line. Tout ça est forcément un peu nostalgique, un peu vain.

Once instaure un dynamisme, un principe nouveau dans le genre. Et c'est presque exactement l'inverse de ce qui se passait dans les vieilles comédies musicales. Il ne s'agit plus, en effet, de faire exploser le possible dans le souffle d'une rengaine, vers un ailleurs infini, mais de s'attarder là où l'on est, de fixer l'instant en sa quintessence - jusqu'à heurter l'impossible.


L'instant, c'est justement une chanson, l'union fugitive d'un duo improvisé. L'album enregistré par nos deux personnages n'existera que par leur désir conjoint de retrouver la brêve harmonie qui fonda leur relation. Loin de la force centrifuge du musical classique, le mouvement de Once semble tendu vers le centre: l'origine. Le film de John Carney évoque le besoin d'enregistrer l'instant pour en retrouver la saveur et lui donner une trace éternelle, avant qu'il ne s'en aille à jamais. C'est ce même besoin qui fait exister le cinéma. Et c'est ce qui rend le film poignant: ce qui unit les personnages, comme la chanson, comme l'album qu'ils enregistrent, comme le film, n'a qu'un temps - once...