
mercredi 26 mars 2008
There has been blood

samedi 8 mars 2008
Bienvenue chez les Français

Bon, la décision prise, que dire de ce film sympathique? D'abord qu'il ne prétend pas à grand chose, sinon à une forme de fierté et d'entente nationale. Premier mérite, donc, tout simplement parce que la prétention n'a jamais été profitable au cinéma français si l'on regarde du côté des Garrel, Jacquot ou Godard des mauvais jours. En magnifiques exemples de simplicité, nous avons des Truffaut ou des Philippe de Broca.
Danny Boon fait de l'art des régions une affaire de comédie, dont on se joue et dans laquelle on entre: une comédie qui va du cliché et de la mise en scène aux liens d'hospitalité et d'amitié. Les quelques passages dans le sud sont bien conçus en ce qu'ils donnent paradoxalement une impression de froideur et de platitude, à l'image de l'épouse, une sorte de femme-mannequin. Le sud c'est un peu la vitrine. A l'inverse dans le nord il y a une mise en profondeur de la comédie: l'amitié permet de jouer des images et des réputations.
En somme, si le film est agréable, si les Français le plébiscitent, c'est qu'il est à la bonne échelle. Danny Boon et Kad Merad viennent chercher la comédie là où elle se trouve déjà. C'est déjà ça, non?
lundi 3 mars 2008
Fast blood for fast food
Sweeney Todd semblait ne rien annoncer de très nouveau. Rien de nouveau chez Burton - encore du gothique émerveillé -, rien de nouveau non plus au cinéma: une comédie musicale, de l'amour contrarié, un tueur en série, du quasi noir & blanc quasi à la mode (quasi déjà ringard?), enfin, bien sûr, du sang, beaucoup de sang.
C'est peut-être à cela que le film doit son efficacité. Burton fait de la forme surannée une machine diabolique. De l'incolore originel, de l'amertume de Sweeney Todd, de ses cernes noires naît un retour d'enthousiasme, un sourire ironique et du sang bien rouge. Dans ce cartoon nihiliste Jonnhy Depp se met à chanter, sur un air à la Walt Disney, que le monde n'a plus de sens, qu'il importe donc si peu de trancher des gorges... En quelque sorte, le spectateur est testé dans sa capacité à croire à l'humanité du personnage central. Et la limite est portée de plus en plus loin.
dimanche 10 février 2008
Traumatix
mercredi 30 janvier 2008
No Country for old men - les formes du destin


mercredi 16 janvier 2008
L'Ile, de Pavel Lounguine

La caméra restera longtemps ainsi obnubilée par le sol, par la terre et ses motifs. Tantôt une mousse humide, tantôt une roche aux dessins de lichen, quand ce n'est pas du bois rongé par le flux et reflux, assez solide pourtant pour porter ponts et pontons. Enfin, des pieds foulant ce sol pour en cueillir à la pioche le fruit noir, désespérément opaque, sous la lourde pierre: le charbon. Trente ans ont passés, le père Anatoli, avant d'avoir un visage, a des pieds et des mains pour aller chercher de quoi nourrir les flammes.
Son visage de vieux fou, nous le voyons quand les pélerins en quète de miracle viennent quotidiennement le chercher. Mais le commencement d'intrigue, l'envie de spectaculaire est d'abord détournée par le charbon, par le travail répétitif d'un moine solitaire qui marmonne ses prières. C'est plus tard que nous comprendrons que de casser de l'opaque à la pioche, jusqu'à se heurter à la matière noire qu'il y a en-dessous, n'est que l'occasion de convertir l'effort en feu spirituel. La sueur de charbon est, pour le père Anatoli, une sueur d'expiation. Un travail dont la répétition est un appel lancé vers la Grâce: le bois sur lequel roule la brouette et marche le pécheur n'est pas celui de la croix, mais il y a déjà les stations, le chemin couronné d'agonie.
Son visage maintenant, son regard surtout. Longtemps, il est le slave timbré et bourru. Car il y a, étonnament, beaucoup de comique dans ce film sur la sainteté - avant le vrai miracle, nous le voyons mettre en scène la parole de l'ancien: comme si Pavel Lounguine (le cinéaste), prenait plaisir à saper le fondement même de ce qu'il s'apprêtait à nous montrer. Pourtant, après la farce, c'est la même personne qui priant Dieu pour un miracle nous regarde en face, dans les yeux. Quelle naïveté dans ce regard! Quelle provocation! Celui-la même qui vient de jouer de la mystification, qui vient de mettre en doute notre foi - de spectateur, pour commencer -, nous regarde en croyant au miracle qui s'accomplit à l'instant même. Et ses yeux, fixés sur nous, nous mettent au défi de croire nous aussi.
Quant au rire du grotesque, celui, par exemple, du père Anatoli imitant les oiseaux - ou celui, plus raisonnable, de la comédie tchékhovienne qui se joue dans le monastère -, devient bientôt effrayant, car c'est le rire de la possession qui lui répond. Pourtant, notre cinglé reste comique jusqu'à la fin, jusqu'à la mort. Au diable, la dérision! C'est de folie dont nous avons besoin, non de dérision, non de ce gloussement voltairien obsédé de vraisemblance. Le vraisemblant est une imposture de vérité. Ce qui est fascinant dans l'Ile, c'est cet humour qui n'entache pas l'innocence, c'est le scandale d'une foi que le rire n'arrive jamais à saboter.
Il y a enfin ce dernier regard, qui est peut-être celui d'un fou, sûrement celui d'un saint. C'est juste après que les deux moines sont sortis de la salle enfumée. Il sont assis tous les deux, l'un se lamente, l'autre, serein, a les yeux mystérieusement dirigés vers l'extérieur du cadre, dans la contemplation d'un au-delà. La caméra se fixe longuement à ce visage comme pour en faire une icone, une image vraie.
jeudi 29 novembre 2007
Once

Quand la magie a cessé, qu'est devenu le film musical? Nous avons aujourd'hui le biopic, de préférence linéaire et réaliste, ponctué par les tubes - c'est Ray ou Walk the line. Tout ça est forcément un peu nostalgique, un peu vain.
Once instaure un dynamisme, un principe nouveau dans le genre. Et c'est presque exactement l'inverse de ce qui se passait dans les vieilles comédies musicales. Il ne s'agit plus, en effet, de faire exploser le possible dans le souffle d'une rengaine, vers un ailleurs infini, mais de s'attarder là où l'on est, de fixer l'instant en sa quintessence - jusqu'à heurter l'impossible.
L'instant, c'est justement une chanson, l'union fugitive d'un duo improvisé. L'album enregistré par nos deux personnages n'existera que par leur désir conjoint de retrouver la brêve harmonie qui fonda leur relation. Loin de la force centrifuge du musical classique, le mouvement de Once semble tendu vers le centre: l'origine. Le film de John Carney évoque le besoin d'enregistrer l'instant pour en retrouver la saveur et lui donner une trace éternelle, avant qu'il ne s'en aille à jamais. C'est ce même besoin qui fait exister le cinéma. Et c'est ce qui rend le film poignant: ce qui unit les personnages, comme la chanson, comme l'album qu'ils enregistrent, comme le film, n'a qu'un temps - once...
jeudi 22 novembre 2007
Robert Redford et les transports en commun


Fonctionnaire pour fonctionnaire, Robert Redford est à la fois le vieux cheminot du film "politique" et le petit prof du parti démocrate. Ce qu'il aime, le vieux beau - désormais plus vieux que beau, il faut l'avouer -, c'est l'engagement. L'engagement soft, bien sûr, l'engagement on the rock. Celui par exemple de miser tranquillement sur le capital-détestation de Tom Cruise pour en faire un Républicain, sur les timides gémissements de Meryl Streep pour en faire une journaliste consciencieuse et sur sa tête-de-mort de blond pour jouer au vieux sage. Ah oui, il y a aussi les deux soldats immigrés dans leur Afganistan de studio - qui se sont engagés littéralement: dans l'armée, les cons.
Les grévistes croient toujours nous apprendre ce qu'est l'engagement. Le geste militant de Robert fut, en vertu de cette règle, d'arrêter son film au milieu. Quel flemmard ce Bébert! Il nous fait le coup du silence éloquent pour ne pas se fatiguer à parler. Mais l'abîme de perplexité dans lequel tu crois nous avoir plongés, c'est un abîme d'ennui profond! On s'emmerde déjà assez dans le métro pour ne pas aller en plus s'embarquer dans le train-train de ta bonne conscience! Allez, à la retraite anticipée le Robert.
lundi 12 novembre 2007
vendredi 9 novembre 2007
L'Ombre du double langage


Pour ajouter à l'ambivalence l'anglais vient recouvrir maladroitement un russe guttural, toujours charnel. (Ironie du sort: j'avais vu La Mouche, du même Cronemberg, sur une télé russe avec une grossière doublure par-dessus les dialogues - ce qui n'avait fait qu'ajouter au gore un mélange monstrueux des langues... Expérience doublement traumatique donc, et qui trouve avec ce nouveau film un écho inattendu.)
Mais les deux mondes n'existent pas forcément qu'en opposition. Le sang de la jeune mère - celui, aussi, de l'égorgement qui ouvre le film - est bientôt celui de l'enfant, celui de la naissance. Forme de violence dialectique, donc, que Cronenberg n'aura de cesse d'entretenir - l'enfant s'appelle Christine: comme Christmas fait-on la remarque, comme pour pointer vers le chemin de la résurrection.
Hésitation constante entre froid et chaud, entre ombre et lumière, jusque dans des parallèles étonnants (Naomi Watts semble bien utiliser le même sèche-cheveux que celui qui servit à décongeler un cadavre...) Car il y a un lien, une ouverture inattendue entre les deux mondes, c'est un journal intime, une parole que nous entendons en voix off tout le long du film, parole de confession qui devient l'enjeu même de l'intrigue. Comme une échappée du monde des morts vers celui des vivants.
Qu'est-il fait de cette ouverture? C'est là que se posent les vraies questions sur la Promesse de l'ombre. Il semble bien, en effet, qu'après un tremblement, une vibration - qui est aussi celle de l'attirance entre l'homme et la femme, celle d'un amour possible - rien n'est fait de ce lien. Rien, la dialectique n'était qu'illusion sophistique. Ce qui demeure ce sont des attirances stériles, des sensualités sanglantes, des symboles de chair - les tatouages - qui mènent à la mort, et finalement à rien d'autre.
Les deux mondes seront restés étanches l'un à l'autre. Qu'est-ce, alors, que ce héros ambigu? Une révélation absurde fait de lui un agent russe infiltré et nous fait du même coup basculer dans l'intrigue policière. Cronemberg nous laisse alors à la contemplation d'un monde binaire, l'un, tout attendri, de la mère et de l'enfant, l'autre, sanglant, des combats et de la débauche. Le film lui-même semble avoir deux fins.
Preuve de subtilité ou désir de satisfaire dans un même geste les passions de tous: difficile à décider. Elle est trouble la fontière entre le portrait d'une ambivalence et l'hypocrisie d'un auteur - avouons-le, la posture d'auteur a aussi désormais une déclinaison commerciale. Probablement me faudrait-il mieux connaître l'oeuvre du cinéaste pour bien en juger...
jeudi 1 novembre 2007
Sans Scarlett.

L'arriviste de Match point s'est dédoublé. Il y aura d'un côté l'amoureux des images, des illusions et de la mauvaise foi et de l'autre une tête de turc, un noeud de petites combines torturé de grandes questions. C'est aussi le divertissement et la conscience. Seulement ici la conscience, qui très vite n'est plus qu'angoisse stérile, n'a pas des allures moins lamentables que le divertissement - c'est juste que l'un ne peut plus vivre quand l'autre continue un instant de planer sur son vide.
Deux personnes pour un dialogue moral, pour une délibération et une responsabilité, c'est précisément ce que nous n'avions pas dans Match point, à part les représentants fantomatiques de la justice immanente, à la fin du film. Mais ce dialogue, ce combat plutôt, n'a d'issue que mortelle. Nous revoilà dans le film noir, ou dans la tragédie grecque - on ne sait plus trop.
Ce Rêve de Cassandre est celui d'une rédemption par les apparences - illusions qui se nourrissent de noirceur et élargissent finalement l'ombre: c'est Terry et sa névrose, Terry et le jeu, Terry et l'alcool et les pilules et la culpabilité.
Pas très érotique le rêve. On a bien une brune une blonde, comme dans tout bon film noir, mais la figure de l'actrice est tenue à distance de scène et la plouc anglaise n'est qu'une Scarlett Johansson dégonflée, rabougrie, sans charme aucun. Le rêve n'a plus la substance vitale, il porte déjà en lui la mort. Normal, vous me direz, d'être présage de malheur pour un rêve de Cassandre.
jeudi 18 octobre 2007
Jesse James par terre.
Au gré de ces paradoxes s'installe en tout cas la certitude que nous sommes sur terre, que notre corps nous pèse (Jesse James en parle lui-même) et que nos mues nous laisseront toujours plus près du sol, jusquà la seule matière. Ce présent et ce futur terrestre, peut-être va-t-il vers cet étrange au-delà qui apparaît sous la surface translucide du lac gelé sur lequel Jesse James évoque le suicide. C'est un au-delà qui a plutôt des allures d'en-deça. Le seul monde que nous voyons, nous-autres spectateurs, c'est celui d'une mue qui se prétend réincarnation: le jeu que Robert Ford fait de la légende de Jesse James, l'action encore et encore répétée, dans un cycle naturel qui ressemble à une malédiction.
En ce sens, L'Assassinat de Jesse James n'est pas sans rappeler Mémoire de nos père dans le traitement qui y est fait du légendaire et de ses images comme une forme de damnation. En fait les deux films ont un mouvement opposé. Quand celui d'Eastwood évolue vers l'origine, nous faisant attendre l'action de départ - et y insoufflant une forme de salut, celui de la mémoire -, celui d'Andrew Dominik part du tout dernier coup d'éclat de Jesse James pour en montrer linéairement les sombre suites, se concluant sur un mortifère retour du destin.
L'épithète "crépusculaire" colle à la peau de presque tous les westerns depuis Unforgiven. Dans le langage journalistique, ça doit signifier "western sans trop d'action", ou "western pas joyeux alors qu'avant ils étaient joyeux les westerns" ou, plus littéralement et certes de façon plus rare, "western où il fera bientôt nuit". Avec cette formule, on passait un peu à côté de ce qui faisait l'intérêt du film, la voracité maligne du passé. L'idée, lorqu'on parlait du crépuscule, était qu'Unforgiven avait l'ampleur et la nostalgie d'un dernier western. Jesse James n'a quant à lui plus grand chose d'un western. Et, de nouveau, il inverse Eastwood en situant l'angoisse dans l'horizon en rase campagne d'un future qui n'est qu'une matière opaque.
Les héros ne sont définitivement plus ce qu'ils étaient. D'abord émus et actifs, puis explosifs ou épuisés, les voilà maintenant paralysés. Un peu comme l'impossible héros de Zodiac - sorte d'inspecteur Harry de gauche - Jesse James, de même que son ombre débile, Robert Ford, est embarrasé par son corps, ses mouvements et ce temps qui n'en fini plus de s'écouler pour rien. C'est la tristesse de ce film sans espoir que viennent à peine adoucir les quelques notes de Nick Cave.
samedi 6 octobre 2007
Eastwood - tuer & guérir

Médecin et soldat
samedi 29 septembre 2007
Le dieu du stade

De tous les superhéros, ou du moins des plus célèbres, Superman est sans conteste le plus ridicule. Super-omnipotent, super-bienveillant, super-esthétique (une perfection de visage angoissante d’artificialité), super-omniscient (oui, il entend tout du ciel !) vous l’aurez compris : Superman, c’est Dieu. Zou! Envoyez les métaphores. Tout commence par une évidence visuelle presque discrète, celle d’une pietta, Mme Kent prenant dans ses bras un Clark inanimé tout juste retombé du ciel. Tout fier de sa découverte, Singer fait marcher la machine jusqu’à l’épuisement : Dieu tout-puissant, Sauveur souffrant, christ martyrisé retombant dans sa cape pourpre, corps glorieux, Père, Fils, Saint Esprit... On n’a pas envie de dire amen. Il faut voir de quel Dieu nous parle ce film. Du même acabit que le duo de la Belle et la Bête de King Kong, ce Dieu, célébré par une orgie visuelle, s’incarne en excroissance cinématographique. Les créatures de Peter Jackson avaient au moins le mérite d’être un peu enchanteresses.
Dieu immanent, il est toutefois amusant de voir à quel point aucune empathie n’est possible avec Superman. Comment s’identifier à ce type pour qui absolument tout est possible ? (La kriptonit? Ce n'est qu'une vaste arnaque qui ne le gêne qu’un instant.) Peu de place pour Clark Kent dans ce Superman, à part quelques brèves apparitions sous un déguisement terriblement grossier de journaliste bredouillant. Eh oui, le costume est celui de citoyen: superman est le seul superhéros qui vient d’une autre planète. Le seul qui soit à ce point inhumain. Il ne fait que mimer, pour illusionner la foule, l’effort, la douleur, l’émotion : pour celui qui peut tout, comment marquer naturellement la différence de difficulté d’un exploit à l’autre ? Au fond, dans sa version conviviale, superman n’est plus que le clown mimant des péripéties. Un phénomène de cirque.
Sa version cosmique est bien plus effrayante. Son corps, sa puissance, s’assimilent à la nature, au monde et à son fourmillement urbain et technique : son souffle est aussi fort que le vent, ses bras soulèvent des continents, ses narines servent de réacteurs aux navettes spaciales (la classe !). La voilà, la fascination pour superman. C e qui plaît probablement aux amateurs de ce film, c’est la débauche de mauvais effets techniques, d’ailleurs pour la plupart pillés à d’autres films. Ce qui plaît aux gens chez superman, c’est tout simplement un envie de puissance. Peut-être celle des grands temples du jeu, les stades (comme celui où atterit l’avion détourné par superman.) Face à ce personnage comique et un peu effrayant, on comprend que Lex Luthor fasse bien pâle figure avec sa bande de rapetous et ses discours vaguement cyniques sur Prométhée...
Deux coups de tête

Ce qui s’est passé le 9 Juillet 2006 n’est pas simplement mesurable à l’aune des classements de la fifa. Deux coups de tête. Le premier, image du victorieux de 98, est venu se briser, à l’horizontal, sur la barre transversale. Coup dur pour la mémoire télévisuelle des français. Quant au second, personne ne le vit arriver - et ce détail est loin d’être anecdotique. D’abord, une sorte d’agitation confuse pressentie hors du cadre. Après un temps d’hésitation nous apparaît, enrobée par le silence du mystère, la furie d’un coup asséné par Zidane sur la poitrine d’un italien gominé - vous excuserez le pléonasme. Image venue de nulle part, si ce n’est de ces zones opaques et incertaines du hors-champ - il fallut en fait l’intervention de la plus effacée des éminences grises, le quatrième arbitre, pour avoir une vidéo déterminant le carton rouge.
Ce carton fut précurseur d’un chaos : la fantasmagorie télévisuelle du black-blanc-beur a-t-elle volé en éclat sur la transversale ou sur le sternum de l’Italien ? Quel fut le premier, quel fut le second coup de tête ? Il sembla presque que cette action, surgie d’un « espace additionnel » - le hors-champ - bouleversait la stratégie narratrice du « temps additionnel ». A croire que la première tête de Zidane, frappée de malédiction, avait été manquée à cause du carton.
Pourtant, ces images furent loin de signifier la fin d’un mythe. Le propre de l’image et du spectacle, est de s’approprier, d’engloutir et parfois même de produire ce qui va à l’encontre de ses propres valeurs. Cette faiblesse, une fois sortie des ténèbres, fut à l’image une force d’autant plus grande.
Moustaches - Le World trade center et le Grand Meaulnes

Personne ne s’y attendait, c’est venu comme ça. Comme tous les grands événements. Le monde du cinéma n’a plus peur de rien désormais. Deux films fondé sur le prédicat selon lequel l’intempestif port de moustache est permis par les codes esthétiques de l’art cinématographique.
On peut comprendre à la limite le choix d’Oliver Stone. Son parti-pris est de filmer le 11 septembre à l’envers. Nous avons tous vu à la télé les images choc de l’avion qui s’écrase, des tours qui s’effondrent et des gens qui fuient. Dans World Trade Center, tout cet aspect n’apparaît qu’à contrejour, comme l’ombre de l’avion projetée sur une façade d’immeuble. Ce qui était dans l’obscurité, Oliver Stone le montre et ce qui était au plein jour de l’actualité mondiale, il nous le cache.
De là la volonté de filmer des personnages vrais, portant les valeurs de l’Amérique. Or qu’est-ce qui différencie un personnage faux (l'acteur hollywoodien), d’un personnage vrai ? Et surtout : un faux flic d’un vrai flic ? Malheureusement pour nous tous...c’est la moustache. Il parut alors nécessaire au réalisateur, probablement enivré de cette découverte, d’imposer le port de la moustache au trois quarts de ses acteurs. Ce petit égarement ne fait que trahir la fausseté générale de cette volonté de faire vrai. De détail réaliste, la pilosité fantaisiste se mue en pur et simple déguisement (et il s’agit d’un attentat, pas d’un bal masqué.) Le malheur, c’est qu’il en est de même pour le reste du film, particulièrement les scènes familiales. Ce n’est pas tant que les valeurs du film soient critiquables, comme on l’a laissé entendre en France, mais Oliver Stone échoue à rendre poignant le versant humain de l’histoire.
Le problème n’est pas franchement le même pour Le Grand Meaulnes. Nous parlerons plutôt ici d’un gigantesque gâchis (gâchis de l’histoire d’Alain Fournier, gâchis de Nicolas Duvauchel qui se débrouille bien en Grand Meaulnes et des quelques beaux passages du film.)
Le niveau du tout, visuellement parlant, est plutôt neutre. Le film prend un premier coup quand Jean-Baptiste Maunier, dans le rôle du personnage narrateur, se risque à prendre la parole et à tenter - au désespoir du spectateur - d’exprimer des émotions avec sa physionomie. Etait-ce vraiment une raison, je vous le demande, pour affubler ce choriste préado d’une improbable moustache ? Passe encore qu’il obtienne très jeune un poste d’instituteur, qu’il soit attiré par une femme qui a l’air d’avoir vingt ans de plus que lui, mais vouloir faire passer le tout par une moustache...L’apparition incongrue du postiche, vers la fin du film, nous fait oublier dans un fou rire l’ennui qui s’était installé jusqu’à ce passage. Quel blagueur ce Morhange !
vendredi 28 septembre 2007
Scorsese - Le Rire du Diable

Hommage qu’il convient bien sûr de lire avec un sourire ironique. Les mort-vivants que nous allons voir sont comiques. La pompe des enterrement militaire, les derniers adieux larme à l’oeil pour l’aimé défunt, toutes ces cérémonies qui se multiplient jusqu’à plus soif se tranforment en festivités moyenâgeuses. Danses macabres, grotesque d’une fin du monde qu’incarne Costello, le mephistophélique personnage auquel Nicholson prête brillamment ses traits. La seule issue est le rire jaune. Les blagues grossières s’entassent, les jurons fusent, les éclats de rire des spectateur accueillent le carnage final - welcome to hell...
Cinéaste de l’espoir et des figures de la Rédemption, Scorsese aborde donc ici un domaine qui restait jusqu’alors en filigrane chez lui (dans le baroque After hours par exemple.) Dilatation de l’iris : le lieu clos dans lequel nous entrons est celui de l’enfer. Damnation des hommes, des valeurs et des désirs.
Plutôt que de se contenter du montage parallèle, comme on en voyait l’exemple dans le film hongkongais Infernal affairs (dont The departed est le remake), Scorsese introduit une dynamique qui dépasse celle du miroir. Le film d’origine avait une esthétique un peu desincarnee qui s’inspirait de films comme Heat - notamment pour l’élaboration des deux personnages. L’accent était mis sur la tension dramatique que permettait un tel montage. Ce que The departed perd en intensité, il est probable qu’il le gagne en profondeur et en vérité.
L’Entropie, ou la dynamique de mort, définit la relation de des deux infiltrés. En apparence, il y a, comme souvent chez Scorsese, deux types de salut : d’un côté la promotion, reconnaissance sociale dont bénéficie Matt Damon et qui dissimule la malignité de l’associé du diable, de l’autre l’apparence de truand qui est en fait l’habit du pêcheur repenti. C’est souvent, dans ce monde, la rédemption sociale qui l’emporte (cf. Taxi Driver) : il aurait donc été logique que Scorsese conserve la fin originale, qui consacrait la rédemption du faux polixier. Mais il n’en est rien. Peut-être est-ce justement que ce film ne nous parle plus de la vie sociale, mais de sa mort. La réussite souvent effrayante laissait l’espoir d’une justice de l’au-delà. Dans The Departed nous y sommes et la direction semble la même pour tous.
Plutôt que de définir le salut par rapport à la fausse rédemption, Scorsese nous montre inversement comment est pervertie la foi sincère. On le voit notamment dans la relation qu’entretient Di Caprio avec la psychologue : impossibilité de la confession - pourtant clé du catholicisme chez le cinéaste - et souillure de l’amour donné - à la scène d’amour succède une filature de Matt Damon qui aboutit dans un cinéma porno (la situation burlesque est soulignée par la présence du diable en personne...) On s’aperçoit que les blagues graveleuses sur le clergé, l’amour du sacrilège, dépassent les simples boutades. Ou que ces boutades meme ont deja quelque chose d'une damnation.

