vendredi 8 juin 2012

La pesanteur et la glace - De rouille et d'os, de Jacques Audiard



De Rouille et d’os procède d’un paradoxe esthétique un peu facile qui illumine des silhouettes blessées, fétichise des corps atrophiés, fait danser les street-fighters et nager les cul-de-jattes. Ce qu’Audiard aime bien, c’est voir ramper son personnage dans l'obscurité d'un plan et le voir presque s’envoler dans la lumière de l’autre : la dureté physique et la noirceur sociale ne semblent valoir que comme matériau brut au désir d'éblouissement visuel.

Avec l'accident du personnage de Marion Cotillard, l'animalité semble avoir pris le dessus. Cette condition est vécue comme une diminution radicale, pour l'une, et comme une ouverture à l'énergie sauvage du combat, pour l'autre. "Nous ne sommes pas des animaux", dit-elle à Ali, l'invitant à faire preuve de délicatesse. Audiard voudrait raconter la manière dont ces personnages s'extirpent de la pesanteur. 

Il voudrait, c'est là le problème de ce film esthétiquement trop volontariste. La recherche éperdue de l'instant de grâce visuel, musical, dramaturgique nous fait passer par de jolis moments (et par d'autres plutôt improbables, cf. la prothèse narrative finale), mais ne donne pas spécialement au film et aux personnages la profondeur attendue.

3 commentaires:

  1. "la dureté physique et la noirceur sociale ne semblent valoir que comme matériau brut au désir d'éblouissement visuel."
    Parfaite définition du film qui, malgré une puissance dramatique indéniable (peut-être même trop poussée : le drame ultime est de trop), ne parvient pas à la puissance narrative d'Un Prophète.

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  2. Merci Sylvain : je vais en effet aller faire un tour du côté des autres films de Jacques Audiard - De battre mon coeur s'est arrêté m'avait laissé de marbre, mais il faut vraiment que je regarde Un prophète...

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  3. Entre "Les valseuses" de Blier et "De rouille et d'os", l'instant de grâce a été sérieusement traumatisé... est ce une question de génération... sans doute... à moins que certains critiques prennent leur cynisme pour l' horizon conceptuel de notre société...
    A l'aune de leur vision sexe et handicap... sont les seules mamelles qui font pleurer Margot au jourd'hui... gageons que leur équilibre est précaire et que Margot s'en relèvera sans leur aide...

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