lundi 30 janvier 2017

La la land, le snobisme à la portée de tous


Avec La la land, Damien Chazelle ne fait que raviver les meilleures influences de la comédie musicale, mais il le fait en en saisissant une sorte de fil conducteur, qui serait la plasticité de l'espace-temps. L'idée que le montage et la construction du récit se font non seulement dans le temps mais aussi dans l'espace par les couleurs, la lumière, les chorégraphies. L'histoire est dépliée et réécrite perpétuellement, isolant tantôt un personnage dans le plan, le reliant tantôt à un autre au prétexte d'un bruit de klaxon ou d'une mélodie déjà entendue.

Un seul élément détonne dans cet exercice : c’est l’impression, précisément, que Chazelle se livre à un exercice de puriste. Il est comme son personnage un peu snob qui ne tolère que le free jazz. Comme lui il carbure aux références prestigieuses, et comme lui il croit à la magie menacée de l’art pur qu’il s’agirait de préserver (le film sur pellicule, par exemple). Or s’il y a bien une idée étrangère à la comédie musicale, c’est bien ce genre de prétention. Les musicals ont toujours opposé les songes de gens modestes aux caprices risibles des prétentieux : le metteur en scène grandiloquent de The band wagon, les intellectuels français de Funny Face, etc. Cette fois-ci Chazelle inverse le paradigme et nous montre à quoi rêvent les snobs. Pourquoi pas. D’autant qu’il y a une certaine facétie à faire un éloge du snobisme dans cette machine hollywoodienne, probable succès aux oscars et au box office.

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