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lundi 18 octobre 2010

Rien de nouveau sous le soleil de Woody Allen


You will meet a beautiful dark stranger commence et se termine par une citation de Shakespeare : « The world is a story told by an idiot, full of sound on fury, and signifying nothing ». Jusque là rien de très original dans l'oeuvre du pessimiste joyeux qu'est Woody Allen. L'histoire en question, pleine de bruit et de fureur, enchevêtre les trajectoires de plusieurs personnages: Sally (Naomi Watts) et son patron de galeriste (Antonio Banderas), son père (Antony Hopkins), sa mère (Gemma Jones) et son mari écrivain Roy (Josh Brolin). Derrière ces intrigues, qui en effet ne signifient rien – et qui ne sont précisément pas là pour ça – il y a comme une inconséquente variation sur l'Ecclésiaste.

La suite de l'article sur Causeur.

mardi 13 avril 2010

Blondes tragiques




J'ai peur pour Naomi Watts. Dans sa prestigieuse ascendance, l'une est morte en voiture, l'autre s'est transformée en statue de cire. Que peut-il arriver de pire à Naomi Watts? Finir dans un Haneke?

lundi 16 mars 2009

Tout sur rien: Welcome et The International

Je n'irai pas voir Welcome, de Philippe Lioret. D'abord parce que le nom même de ce "Ken Loach français" me fait bailler d'ennui dès que je l'entrevois, confortablement étalé sur un journal ou sur une page du net. Et ça arrive souvent, en ce moment, avec les fameux propos du cinéaste, engagé bien sûr, comparant les immigrés de l'ère Sarkozy aux Juifs de l'Occupation. Bref, si je vais voir le film, il faudra que je me positionne sur ce point, que je dise que non, bon sang, la comparaison est odieuse, et que je concède néanmoins une certaine et louable humanité à ce talentueux conteur, déjà remarqué pour Je vais bien ne t'en fais pas. Trois remarques formelles un peu méprisantes conclueraient cet article insipide, où je ne manquerais pas de m'étonner de l'enthousiasme que suscite le film chez les critiques - peut-être pour dissimuler ma propre incompréhension devant cette forme de cinéma. Tout un programme, qui me fatigue déjà et auquel je préfère renoncer d'avance.


En revanche je suis allé voir L'Enquête - The International, de Thomas Tykwer. C'est un pur chef d'oeuvre. Non, c'est faux: c'est très moyen. Ce qui est vrai en revanche, c'est que Naomi Watts et Clive Owen forment un sacré duo. L'une parce qu'elle est toujours aussi belle, avec sa fausse candeur de blonde (Mulholland Drive, quand tu nous tiens...) complétée par une légère et charmante imperfection de la machoire. L'autre parce qu'il est définitivement la nouvelle gueule du cinéma anglo-saxon - terriblement viril, au dire d'une amie très proche. Il sera aussi bientôt à l'affiche d'un film avec Julia Roberts, appelé Duplicity (il y a fort à parier que la thématique de la duplicité y sera évoquée), dont la bande annonce fait penser dans le même temps à Mr & Mrs Smith et à Ocean's Eleven. L'avant-garde, quoi.

Pour revenir à notre couple qui aurait pu être mythique, il faut préciser que la mise en scène, dans L'Enquête, s'attache à réfrigérer presque méthodiquement toute forme de chaleur, émotive ou sensuelle. C'est le cadre qui veut ça, celui des banques internationales, aux architectures gigantesques et transparentes - le genre d'endroit que Michael Mann aurait pu filmer en mieux. Et tout cela donne étonnamment l'impression d'être enduré, éprouvé du point de vue des comploteurs, des banquiers cosmopolites tirant les ficelles. On voit, comme derrière une vitre, le héros se battre et se débattre en vain contre un système froid, aussi injuste qu'implacable.

"Salauds de banquiers", me semble être le mot de la fin le plus pertinent.

vendredi 9 novembre 2007

L'Ombre du double langage




La barbarie, Cronenberg l'évoque par le bon bout. Le bout de la langue - sans mauvais jeu de mot car ici le petit bout de chair et la demeure de l'esprit sont désignés ensemble. Et dans deux langages différents, deux mondes apparemment étanches l'un à l'autre. Aux codes d'honneur du milieu vient se heurter la parole quotidienne d'une communauté familiale, à la sombre froideur de Viggo Mortensen la beauté maternelle de Naomi Watts, aux cadavres et aux meutres la fragilité du nouveau-né.

Pour ajouter à l'ambivalence l'anglais vient recouvrir maladroitement un russe guttural, toujours charnel. (Ironie du sort: j'avais vu La Mouche, du même Cronemberg, sur une télé russe avec une grossière doublure par-dessus les dialogues - ce qui n'avait fait qu'ajouter au gore un mélange monstrueux des langues... Expérience doublement traumatique donc, et qui trouve avec ce nouveau film un écho inattendu.)

Mais les deux mondes n'existent pas forcément qu'en opposition. Le sang de la jeune mère - celui, aussi, de l'égorgement qui ouvre le film - est bientôt celui de l'enfant, celui de la naissance. Forme de violence dialectique, donc, que Cronenberg n'aura de cesse d'entretenir - l'enfant s'appelle Christine: comme Christmas fait-on la remarque, comme pour pointer vers le chemin de la résurrection.

Hésitation constante entre froid et chaud, entre ombre et lumière, jusque dans des parallèles étonnants (Naomi Watts semble bien utiliser le même sèche-cheveux que celui qui servit à décongeler un cadavre...) Car il y a un lien, une ouverture inattendue entre les deux mondes, c'est un journal intime, une parole que nous entendons en voix off tout le long du film, parole de confession qui devient l'enjeu même de l'intrigue. Comme une échappée du monde des morts vers celui des vivants.

Qu'est-il fait de cette ouverture? C'est là que se posent les vraies questions sur la Promesse de l'ombre. Il semble bien, en effet, qu'après un tremblement, une vibration - qui est aussi celle de l'attirance entre l'homme et la femme, celle d'un amour possible - rien n'est fait de ce lien. Rien, la dialectique n'était qu'illusion sophistique. Ce qui demeure ce sont des attirances stériles, des sensualités sanglantes, des symboles de chair - les tatouages - qui mènent à la mort, et finalement à rien d'autre.

Les deux mondes seront restés étanches l'un à l'autre. Qu'est-ce, alors, que ce héros ambigu? Une révélation absurde fait de lui un agent russe infiltré et nous fait du même coup basculer dans l'intrigue policière. Cronemberg nous laisse alors à la contemplation d'un monde binaire, l'un, tout attendri, de la mère et de l'enfant, l'autre, sanglant, des combats et de la débauche. Le film lui-même semble avoir deux fins.

Preuve de subtilité ou désir de satisfaire dans un même geste les passions de tous: difficile à décider. Elle est trouble la fontière entre le portrait d'une ambivalence et l'hypocrisie d'un auteur - avouons-le, la posture d'auteur a aussi désormais une déclinaison commerciale. Probablement me faudrait-il mieux connaître l'oeuvre du cinéaste pour bien en juger...